Partenariat pour une forêt en santé Baisse de la population de tordeuse des bourgeons de l’épinette

Publié le 21 02 2019

par Rob Johns, écologiste des insectes forestiers, Service canadien des forêts, RNCan

La plus récente infestation de tordeuse des bourgeons de l’épinette a débuté au Québec en 2006 et, depuis, elle s’est étendue pour atteindre plus de 8 millions d’hectares. En 2014, les populations de tordeuse des bourgeons ont commencé à augmenter au Nouveau-Brunswick, et les scientifiques ont entrepris l’essai et la mise en œuvre de la stratégie d’intervention précoce (SIP) comme moyen de contenir l’infestation dans le nord du Nouveau-Brunswick.

En résumé, cette recherche implique une surveillance intense des populations de tordeuse, suivi du ciblage et du traitement des points chauds à la lisière de l’aire d’infestation afin d’empêcher qu’elle se propage davantage. À la tête de cette initiative est le Partenariat pour une forêt en santé, qui est un groupe formé de scientifiques, d’universitaires, du gouvernement et de l’industrie qui travaillent ensemble pour trouver de nouvelles méthodes visant à limiter l’impact de la tordeuse des bourgeons de l’épinette au Canada atlantique.

La surveillance des populations montre une baisse prévue de ~90 % dans les points chauds et les zones de traitement au Nouveau-Brunswick comparativement à l’an dernier, même si l’infestation au Québec continue à s’étendre. C’est la première diminution des populations de tordeuse au Nouveau-Brunswick depuis les débuts de la recherche en 2014. Alors que ses causes exactes sont toujours à l’étude, cette baisse substantielle est une forte indication de l’efficacité de la stratégie d’intervention précoce.  

La baisse des populations de tordeuses des bourgeons de l’épinette de cette année est significative pour plusieurs raisons, qui doivent toutefois être interprétées avec prudence.

Point positif, la réduction du nombre de points chauds de la tordeuse des bourgeons signifie que la zone à traiter en 2019 sera considérablement réduite. Les régions et les zones de traitement pour 2019 seront établies avec exactitude au début du printemps.

Par ailleurs, la présence moins nombreuse de l’insecte en 2019 donnera un répit aux arbres face à la défoliation; les arbres auront ainsi la possibilité de produire un nouveau feuillage et de récupérer la perte des deux ou trois dernières années. N’oublions pas qu’il faut habituellement de quatre à cinq ans de défoliation grave et soutenue pour tuer un sapin baumier ou une épinette; donc, même une année de répit peut faire beaucoup pour réduire la perte de croissance et la mortalité.

Peut-être encore plus important, la contraction de la zone infestée au Nouveau-Brunswick signifie qu’il y a moins de sources potentielles de papillons de la tordeuse des bourgeons pour propager l’infestation à travers le Nouveau-Brunswick, dans les autres provinces de l’Atlantique et au Maine aux États-Unis.

Maintenant, une certaine prudence est de mise. Il n’est pas rare d’observer des pics et des bas dans les populations de tordeuse d’une année à l’autre, comme on l’a vu lors d’infestations antérieures. Bien que les résultats de cette année sont rassurants, mais les efforts de gestion de la tordeuse des bourgeons de l’épinette ne sont pas terminés. Juste au nord de la limite du Nouveau-Brunswick sévit une infestation vigoureuse qui continue à s’étendre. Dans des conditions propices, nous pourrions voir arriver en provenance du Québec un autre vol massif de papillons qui pourrait contribuer à repeupler les populations dans le nord du Nouveau-Brunswick de manière similaire à ce qui s’est produit en juillet 2016 dans la région de Campbellton/Dalhousie. Ce que les dernières années nous ont appris, c’est que nous pouvons gérer efficacement ces arrivées occasionnelles de papillons grâce à la stratégie d’intervention précoce. Cependant, même avec une stratégie d’intervention précoce bien exécutée, nous devons nous attendre à observer périodiquement des augmentations et des diminutions des points chauds au Nouveau-Brunswick aussi longtemps que l’infestation plus large est en cours. 

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